★★★★ Plus qu’une jolie fable : Hyde, Jekyll and Me – 하이드 지킬, 나

La série Hyde, Jekyll and Me revisite de manière originale et lumineuse la célèbre nouvelle de Robert Louis Stevenson, L’Étrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde, en inversant radicalement la perspective du personnage de Hyde. Dans cette adaptation contemporaine, Hyde n’est plus la personnification du mal et de la violence, mais au contraire, une identité douce, généreuse et chaleureuse, venant compenser la froideur et l’insensibilité de Jekyll.
Le récit s’articule autour de Goo Seo-jin, héritier solitaire et distant d’un puissant chaebol à la tête d’un parc d’attractions, atteint d’un trouble dissociatif de l’identité (TDI).
Sa personnalité alternative, Robin, représente tout ce que Seo-jin refoule en lui-même : la compassion, l’empathie et la spontanéité. L’intrigue démarre lorsque Jang Ha-na, une artiste de cirque pleine de vie et de caractère, revient dans le parc après plusieurs années passées aux Etats-unis. Sa présence déclenche involontairement le réveil de Robin, qui était resté endormi pendant un long moment.
Très vite, Seo-jin, Robin et Ha-na se retrouvent impliqués dans une enquête policière complexe liée à la mystérieuse disparition du docteur Kang, psychiatre spécialisée dans les troubles dissociatifs. Le docteur Kang pourrait détenir la clé du passé traumatique de Seo-jin, événement fondateur de son trouble, profondément enfoui dans ses souvenirs. À mesure que l’enquête progresse, le personnage de Yoon Tae-joo prend de l’importance, trio amoureux, double identité, antagoniste ou victime.

Parallèlement, un triangle amoureux complexe se dessine entre Seo-jin, Ha-na et Robin, deux personnalités dans un seul corps, luttant pour leur identité, mais également pour le cœur de la même femme. La série aborde avec finesse et émotion le thème sensible des troubles mentaux, particulièrement celui du TDI, en montrant la lutte intérieure constante des personnages, la souffrance des proches, et la nécessité d’une reconnaissance et d’une acceptation de soi au-delà du jugement social. Elle dépeint également les pressions du monde des affaires coréen, avec les rivalités incessantes et les jeux de pouvoir au sein des chaebols, où Seo-jin doit faire face aux ambitions féroces de ses rivaux familiaux, notamment son cousin, prêt à tout pour lui ravir sa place à la tête du groupe.

Les épisodes de la fin

La série propose une évolution notable dans ses derniers épisodes, laissant progressivement de côté son intrigue policière pour se concentrer pleinement sur les répercussions émotionnelles et psychologiques de la disparition imminente du double. Cette transition offre des moments particulièrement touchants et parfois éprouvants, car c’est justement Robin, incarnation de tout ce qu’il y a de meilleur chez Seo-jin, qui voit sa propre existence progressivement s’effacer. La série explore alors avec sensibilité le désir vital et poignant de Robin de laisser une trace tangible de son passage dans ce monde (notamment en se dévoilant comme étant un webtooner à succès), de conserver des souvenirs et des preuves de sa singularité et de son humanité, même s’il n’existe qu’au travers d’un autre.
Les séquences avec Jang Ha-na, particulièrement intenses et poétiques, illustrent brillamment cette quête d’identité. Ainsi, le moment où tous deux se réfugient dans une maison que Robin imagine être celle de son enfance constitue l’un des temps forts de la série. Cette parenthèse émouvante, où Robin revit chaque journée comme la première en raison de ses pertes de mémoire, exprime parfaitement la fragilité d’une identité vouée à disparaître, mais aussi la profondeur d’un amour capable de transcender la frontière entre réalité et illusion.
Cette idée de donner une âme à chacune des deux personnalités, pourtant issues du même homme, est sans doute la plus belle réussite narrative du drama. Elle révèle, avec finesse et empathie, que chaque facette de nous-mêmes mérite d’être vue, entendue et chérie, même lorsque la société ou la réalité elle-même semble vouloir l’effacer. En explorant cette thématique complexe, Hyde, Jekyll and Me dépasse le simple divertissement pour offrir une réflexion authentique sur la mémoire, l’identité, et la nécessité universelle d’exister dans le regard de l’autre.

D’ailleurs, Hyde, Jekyll and Me peut aussi être perçue comme une métaphore des maladies dégénératives du cerveau, telles que la maladie d’Alzheimer. La progressive disparition de Robin, ses efforts désespérés pour laisser des traces de son identité, et sa détresse face à l’effacement inexorable de ses souvenirs évoquent la réalité douloureuse vécue par les personnes confrontées à ces troubles. À travers cette analogie sensible, le drama invite le spectateur à réfléchir sur la fragilité de la mémoire, l’importance cruciale du souvenir dans la construction de notre identité, mais aussi sur le rôle essentiel des proches, chargés de préserver l’intégrité et la dignité des êtres aimés lorsqu’ils se sentent disparaître peu à peu. Ainsi, au-delà de son récit fantastique et romantique, Hyde, Jekyll and Me devient une fable universelle sur l’humanité vulnérable, invitant à davantage d’empathie et de compréhension envers ceux dont l’identité est progressivement effacée par la maladie.

Les comédiens

  • Hyun Bin : Goo Seo-jin / Robin – PDG d’un grand parc d’attractions, Wonderland. Froid, rigide et distant, il souffre d’un trouble dissociatif de l’identité. Robin, sa personnalité alternative, est tout son opposé : doux, attentionné, souriant.

  • Han Ji-min : Jang Ha-na – Directrice artistique du cirque de Wonderland. Déterminée, vive et empathique, elle devient un point d’ancrage émotionnel pour les deux personnalités de Seo-jin, et joue un rôle central dans leur évolution.

  • Sung Joon : Yoon Tae-joo / Lee Soo-hyun – Psychiatre réputé engagé par Seo-jin, il cache un lourd secret. Il est lié au passé traumatique de Seo-jin et agit dans l’ombre pour se venger, se considérant comme une victime oubliée.

  • Lee Hye-ri : Min Woo-jung – Jeune femme énergique et amusante qui éprouve une affection unilatérale pour Robin, ce qui apporte un peu de légèreté au récit.

  • Lee Seung-joon : Kwon Young-chan – Fidèle assistant de Seo-jin, souvent dépassé par les événements mais d’un soutien indéfectible. Il est aussi le seul à connaître l’existence de Robin depuis le début.

  • Lee Deok-hwa : Goo Myung-han – Père de Seo-jin, homme d’affaires redoutable et patriarche du chaebol. Il impose une pression constante à son fils, niant son trouble mental pour préserver l’image publique de la famille.
  • Kwak Hee-sung : Sung Seok-won – Garde du corps personnel de Seo-jin. Compétent et loyal, il veille à la sécurité du PDG, mais ses interactions avec Robin créent des situations ambiguës.
  • Shin Eun-jung : Docteur Kang Hee-ae – Spécialiste en psychiatrie, elle a suivi Seo-jin pendant des années. Sa disparition mystérieuse déclenche l’enquête policière et révèle les secrets du passé.
  • Han Sang-jin : Ryu Seung-yeon – Cousin ambitieux de Seo-jin et concurrent direct pour la direction du chaebol. Il ne recule devant rien pour prendre le pouvoir.
  • Oh Na-ra : Cha Jin-joo – Collaboratrice du cirque, elle travaille aux côtés de Jang Ha-na et l’aide à naviguer dans les méandres du parc et de ses intrigues internes.
  • Kim Do-yeon : Han Joo-hee – Membre de l’équipe de direction du parc, méfiante vis-à-vis des comportements de Seo-jin.
  • Lee Jun-hyeok : Détective Na – Enquêteur chargé de la disparition du docteur Kang. Il soupçonne des manipulations et tente de comprendre les événements étranges autour de Seo-jin.

Basé sur le webtoon : « Dr Jekyll est M. Hyde » de Lee Choong-ho
Auteur : Kim Ji-woon
Réalisation : Jo Young-kwang
Producteur exécutif : Lee Yong-suk (SBS)
Producteurs : Hong Eui & Jang Jin-wook
Sociétés de production : ONDA Divertissement & KPJ


Dualité

La relation entre Seo-jin et Robin est au cœur de Hyde, Jekyll and Me, et constitue l’un des aspects les plus originaux et poignants de la série. Ils ne sont pas deux personnes distinctes, mais deux facettes d’un même homme, issues d’un traumatisme d’enfance ayant provoqué un trouble dissociatif de l’identité (TDI). Pourtant, la série choisit de leur donner une véritable autonomie émotionnelle, psychologique et même affective, ce qui rend leur relation à la fois intime, conflictuelle et tragique. Ils ne se souviennent pas de ce que l’autre a vécu, mais communiquent en se laissant des messages vidéos.


Seo-jin rejette Robin. Pour lui, cette autre personnalité incarne un danger pour sa réputation, son autorité de PDG, et sa stabilité personnelle. Il le voit comme un intrus, une perte de contrôle, une faiblesse à cacher à tout prix. Au début, il fait tout pour refouler Robin, espérant qu’il disparaisse à jamais. Ce rejet traduit la honte que Seo-jin ressent vis-à-vis de sa propre fragilité, et son incapacité à reconnaître les parts sensibles, vulnérables et aimantes de lui-même.

Robin, à l’inverse, est l’expression directe de ces émotions refoulées. Il est né pour protéger Seo-jin lors d’un événement traumatique, mais il s’est développé comme une entité indépendante, avec sa propre volonté, ses souvenirs, sa vie… et son amour pour Jang Ha-na. Robin se bat pour exister, non comme un symptôme, mais comme un être humain à part entière. Il revendique sa place, sa mémoire, ses relations, ses choix, comme n’importe qui.

Au fil de la série, leur relation évolue. De l’hostilité et du rejet, elle glisse vers une prise de conscience mutuelle. Seo-jin commence à reconnaître que Robin n’est pas une menace, mais une partie intégrante de lui-même. Robin, de son côté, comprend que son existence ne peut être permanente et qu’il devra un jour s’effacer pour permettre à Seo-jin de guérir. Leur dernier pacte est profondément émouvant : ce n’est plus une lutte pour le contrôle, mais un acte de réconciliation. Robin décide de disparaître avec dignité, mais en laissant une empreinte. Seo-jin, enfin prêt à accepter ce qu’il avait toujours fui, promet de vivre avec les valeurs et les sentiments que Robin lui a révélés.
Cette relation n’est donc pas un simple duel intérieur, mais une véritable histoire d’amour entre deux consciences, une quête d’unité dans la douleur, une façon poétique d’illustrer que nous sommes faits d’ombres et de lumière, et que l’intégrité passe par l’acceptation de toutes nos dimensions.

La romance

La dynamique entre Jang Ha-na, Robin et Seo-jin forme un triangle profondément original, non pas entre trois personnes, mais entre deux consciences dans un même corps et une seule femme qui s’attache différemment à chacune. Ce qui rend cette relation si touchante, c’est que Ha-na n’est jamais piégée dans une posture naïve ou passive : elle aime Robin, en conscience, tout en comprenant peu à peu la complexité de ce qu’il est — une part de Seo-jin, mais aussi un homme à part entière.
Au départ, elle rencontre Robin dans des circonstances où elle le croit être Seo-jin. Elle est immédiatement troublée par sa chaleur, son attention, sa douceur. Elle ne comprend pas pourquoi cet homme si distant et autoritaire qu’est Seo-jin peut soudain se montrer aussi tendre. C’est quand elle découvre qu’ils sont deux que ses sentiments s’éclairent : ce n’est pas Seo-jin qu’elle aime, c’est Robin. Et elle l’assume avec lucidité, malgré la douleur que cela implique.
Robin, de son côté, est fou amoureux de Ha-na, mais il vit avec la conscience tragique qu’il n’est qu’une identité dissociée, destinée à disparaître. Leur amour est alors teinté de cette urgence : il veut laisser une trace, marquer leur lien, vivre pleinement chaque moment, même en sachant qu’il est condamné à l’oubli. Ha-na l’aime en retour, mais sans jamais fuir la vérité. Elle accepte Robin tel qu’il est, avec sa fragilité ontologique, et c’est ce qui rend leur lien si fort.

Seo-jin, quant à lui, reste longtemps en retrait, presque jaloux de cette relation. Il est témoin silencieux de l’amour qui lie Robin et Ha-na, et en même temps, il commence à s’émouvoir des sentiments qu’elle éveille aussi en lui. Au fil du temps, Seo-jin évolue : il apprend à aimer à travers ce que Robin lui montre. C’est là que l’alchimie du trio prend tout son sens. Ce n’est pas une rivalité amoureuse classique, c’est une lente fusion des identités et des émotions. Robin apprend à s’effacer, Seo-jin apprend à accueillir ce qu’il avait toujours nié en lui.

Et Ha-na, dans tout cela, reste entière. Elle ne trahit jamais Robin, mais elle accompagne aussi Seo-jin dans son éveil émotionnel. Elle ne choisit pas entre deux hommes, elle accompagne la réunification progressive de l’un. À la fin, ce n’est pas qu’elle cesse d’aimer Robin, c’est qu’elle reconnaît Robin en Seo-jin, et qu’elle accepte d’aimer cet homme désormais complet, reconstruit, transformé par l’amour qu’ils ont partagé tous les trois.
Ce triangle amoureux n’est donc pas une compétition, mais un chemin de guérison et de réconciliation. Il incarne magnifiquement l’idée que nous pouvons aimer plusieurs parts d’une même personne, et que l’amour, lorsqu’il est sincère et profond, peut aider à guérir même les fractures les plus douloureuses de l’âme.

Le portrait

Un autre aspect essentiel de la personnalité de Robin, souvent sous-estimé mais profondément symbolique, est son talent de dessinateur. Il est en effet l’auteur d’un webtoon à succès, publié sous pseudonyme, qui lui permet d’exister pleinement, d’exprimer sa sensibilité, sa créativité et sa propre vision du monde. Ce n’est pas un simple passe-temps, c’est un acte d’affirmation de soi : à travers ses dessins, Robin affirme qu’il n’est pas une illusion ou un symptôme, mais un être à part entière, capable de créer, de raconter, de toucher les autres.

Pour Ha-na, le moment décisif, celui qui lui permet de croire en la véritable fusion entre Robin et Seo-jin, ne se joue pas dans une déclaration ou un acte spectaculaire, mais dans un détail infiniment personnel et chargé de sens : le portrait d’elle que Robin avait commencé à dessiner, mais qu’il n’avait jamais pu achever. Ce portrait inachevé, laissé en suspens à l’image de leur histoire, représentait à la fois l’amour de Robin et son angoisse de disparaître. Il n’y arrivait plus, la mémoire lui échappait, le trait devenait flou, comme sa propre existence.
Or, c’est précisément Seo-jin, après la disparition de Robin, qui parvient à terminer ce dessin. Alors qu’elle a du mal à croire à la fusion des identités, Ha-na découvre le portrait sur la cheminée. Ce n’est pas seulement un geste artistique, c’est un acte de transmission intérieure, une réponse silencieuse à la dernière volonté de Robin et à l’attente douloureuse de Ha-na. Elle reconnaît ce trait, cette douceur dans les lignes, cette intention qui n’appartenaient qu’à Robin. Et c’est cela qui la convainc, au plus profond d’elle-même, que l’homme devant elle n’est plus seulement Seo-jin tel qu’elle l’avait connu, mais un être recomposé, enrichi de cette âme douce qu’elle avait aimée.

Ce portrait achevé devient la preuve tangible que Robin n’a pas été effacé, mais qu’il vit désormais en Seo-jin — non comme un souvenir figé, mais comme une force active et intégrée. Pour Ha-na, c’est la plus belle des réponses : non pas le deuil d’un amour, mais sa continuation sous une forme nouvelle, plus complète. C’est aussi une manière très délicate pour la série de dire que l’amour véritable ne meurt pas, il transforme ceux qui le portent.

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