Qui étaient les Historiens (Sagwan) de Joseon ?

Dans l’histoire coréenne, les historiens royaux, appelés « Sagwan » (사관), ont réellement existé et ont tenu une place cruciale dans la vie politique et intellectuelle des dynasties successives. Ils étaient particulièrement présents pendant les périodes Goryeo (918-1392) et Joseon (1392-1910), où ils occupaient une fonction officielle au sein de l’administration royale. Leur principale responsabilité consistait à rédiger quotidiennement des comptes rendus détaillés et impartiaux de tous les actes et décisions du roi, des ministres et des membres influents de la cour. Ces chroniques servaient ensuite à la rédaction des célèbres « Sillok » (실록), les annales royales officielles.

Annales de la dynastie Joseon

Les Sagwan avaient pour tâche de noter rigoureusement les propos, les décisions, mais aussi les attitudes et comportements des souverains et des hauts fonctionnaires. Ils suivaient constamment le roi dans ses déplacements, même les plus privés, afin de documenter minutieusement ses actions. Leur rôle n’était pas seulement administratif ; ils constituaient une sorte de garde-fou moral face au pouvoir royal, garantissant l’objectivité historique face à toute tentation d’abus ou de dissimulation. Leur indépendance était fondamentale et même symbolique : ils avaient le droit et le devoir de refuser toute interférence, qu’elle vienne du roi lui-même ou de ses ministres. Un roi ne pouvait ainsi ni consulter ni modifier les écrits des Sagwan, ce qui renforçait considérablement l’autorité morale des historiens.

Les historiens royaux étaient généralement sélectionnés parmi les lettrés confucéens ayant réussi les concours nationaux administratifs (Gwageo, 과거), réputés extrêmement difficiles. Ces concours garantissaient un recrutement basé sur les compétences intellectuelles et morales, et non sur l’influence ou la richesse familiale. Le roi validait leur nomination sur proposition de ministres compétents ou des hauts fonctionnaires chargés des institutions culturelles et éducatives. Malgré leur dépendance administrative envers le palais royal, les Sagwan jouissaient en réalité d’une très grande liberté éditoriale. Leur engagement envers la vérité historique était une valeur profondément respectée dans la culture politique coréenne traditionnelle.


Au fil de l’histoire, plusieurs historiens royaux ont marqué durablement l’histoire coréenne par leur courage et leur intégrité. Un exemple notable est l’historien Choe Se-jin (최세진, 1468-1542), qui participa activement à la rédaction d’annales royales sous la dynastie Joseon. Il s’est distingué par la précision et l’impartialité avec lesquelles il a retranscrit des événements délicats et controversés. D’autres historiens se sont parfois exposés à des risques importants, notamment lorsqu’ils documentaient des affaires impliquant le roi ou des hauts dignitaires accusés de corruption ou de mauvaise gouvernance. Certains historiens furent même emprisonnés ou exilés pour avoir tenu tête aux pressions politiques et refusé d’altérer leurs écrits, ce qui montre la puissance symbolique et morale de leur fonction.

La valeur de ces historiens pour l’histoire de la Corée est immense, particulièrement à travers les célèbres « Annales de la Dynastie Joseon » (Joseon Wangjo Sillok, 조선왕조실록), classées aujourd’hui par l’UNESCO au patrimoine documentaire mondial. Ces annales couvrent environ cinq siècles d’histoire, constituant une source d’information exceptionnelle pour comprendre les structures politiques, sociales, économiques et culturelles du pays. Les Sagwan sont ainsi devenus des symboles forts d’intégrité, de courage intellectuel et d’indépendance morale, leur travail fournissant aujourd’hui encore une référence inestimable pour les historiens contemporains et pour la société coréenne en général.

Le poste d’historien officiel était exclusivement réservé aux hommes ayant réussi les examens administratifs confucéens et possédant une éducation classique solide. La société coréenne de l’époque imposait des règles très strictes concernant les rôles et les fonctions que pouvaient occuper les femmes, limitant fortement leur accès à la sphère intellectuelle et politique officielle.

Shin Saimdang

Le personnage fictif de Goo Hae-ryung et celui des autres historiennes dans la série « Rookie Historian Goo Hae-ryung » constituent ainsi une création dramatique moderne, destinée à explorer les enjeux liés à l’égalité de genre, à la liberté intellectuelle et aux préjugés sociaux. À travers ces personnages, le drama propose une réinterprétation romancée et engagée de l’histoire, permettant de réfléchir sur la place des femmes dans la société d’hier comme d’aujourd’hui.
En revanche, même si elles ne furent jamais officiellement sagwan, des femmes intellectuelles et érudites ont existé durant Joseon, telles que Shin Saimdang (1504-1551) ou Heo Nanseolheon (1563-1589), qui écrivirent de la poésie, de la littérature, ou participèrent indirectement à la vie intellectuelle de leur époque. Mais elles ne furent jamais autorisées à exercer officiellement une fonction comme historienne royale ou à documenter les affaires politiques de la cour.

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